Esprit et Psychologie Chapitre 8 5 min de lecture

Psychologie cognitive — comment fonctionnent mémoire, attention et pensée

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Oiyo Contributeur
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La naissance de la psychologie cognitive

La « révolution cognitive » des années 1960 : quittant un béhaviorisme qui ne traitait que du stimulus et de la réponse, la psychologie se met à étudier scientifiquement les processus mentaux internes — mémoire, pensée, langage, résolution de problèmes.

Métaphore centrale : l'esprit humain = un système de traitement de l'information
Entrée → traitement → sortie

L’architecture de la mémoire — le modèle d’Atkinson et Shiffrin

Ce que l’on appelle communément le « modèle multi-mémoires » est, précisément, le modèle d’Atkinson-Shiffrin (Atkinson–Shiffrin model). Proposé en 1968 par Richard C. Atkinson et Richard Shiffrin, il décrit la mémoire comme trois magasins successifs : mémoire sensorielle → mémoire à court terme → mémoire à long terme. L’information ne passe pas d’elle-même au stade suivant : il lui faut de l’attention pour entrer en mémoire à court terme, puis un travail de répétition et d’encodage pour rejoindre la mémoire à long terme.

Mémoire sensorielle (Sensory Memory) :
→ Durée : 0,5 à 3 secondes
→ Capacité : très grande, mais s'efface aussitôt
→ Vision : mémoire iconique / Audition : mémoire échoïque

Mémoire à court terme (Short-Term Memory) :
→ Durée : 15 à 30 secondes (sans répétition)
→ Capacité : 7±2 unités (loi de Miller)
→ Seule y entre l'information à laquelle on a prêté attention

Mémoire à long terme (Long-Term Memory) :
→ Durée : pratiquement illimitée
→ Capacité : de fait illimitée
→ Se divise en mémoire déclarative et mémoire procédurale

La mémoire de travail — le modèle de Baddeley

Une description plus fine de la mémoire à court terme.

Le modèle d’Atkinson-Shiffrin vu plus haut est un modèle sériel simple, où l’information circule dans un seul sens ; il n’explique donc pas comment on retient et manipule l’information à l’intérieur même de la mémoire à court terme. Le modèle de Baddeley comble cette limite.

Administrateur central (Central Executive) :
→ Contrôle de l'attention, choix des stratégies, planification

Boucle phonologique (Phonological Loop) :
→ Traitement de l'information verbale
→ La « voix dans la tête »

Calepin visuo-spatial (Visuospatial Sketchpad) :
→ Traitement de l'information visuelle et spatiale
→ Cartes mentales, rotation d'images

Tampon épisodique (Episodic Buffer) :
→ Interface avec la mémoire à long terme

→ La capacité de mémoire de travail est étroitement liée à l'intelligence et à l'apprentissage

Les catégories de la mémoire à long terme

Mémoire déclarative (explicite) :
  Mémoire sémantique : le savoir sur le monde (« Paris est la capitale de la France »)
  Mémoire épisodique : l'expérience personnelle (« mon anniversaire l'an dernier »)

Mémoire procédurale (implicite) :
  Habiletés et habitudes : faire du vélo, taper au clavier
  Amorçage : une expérience antérieure influence sans le savoir les réponses ultérieures

Les causes de l’oubli

Théorie du déclin : sans usage, la trace mnésique s'affaiblit

Théorie de l'interférence :
- Interférence proactive : l'apprentissage antérieur gêne le nouveau
  (avoir appris l'anglais gêne l'apprentissage du chinois)
- Interférence rétroactive : le nouvel apprentissage gêne le souvenir ancien

Échec de récupération : le souvenir est là, mais l'indice manque
→ Phénomène du mot sur le bout de la langue

Courbe de l'oubli d'Ebbinghaus :
20 minutes après l'apprentissage → 42 % retenus
Après 1 heure → 56 % oubliés
Après 1 jour → 67 % oubliés
→ L'apprentissage distribué (répétition espacée) est plus efficace

L’attention — choisir et se concentrer

Attention sélective :
Effet cocktail party — on entend son propre nom même dans le brouhaha

Théorie du double processus :
Système 1 : rapide, automatique, intuitif (inconscient)
Système 2 : lent, conscient, logique (effort délibéré)
→ La plupart des jugements quotidiens relèvent du système 1

Cécité d'inattention (Inattentional Blindness) :
L'expérience du gorille — sans attention, on ne voit pas ce qui est sous nos yeux

Biais cognitifs et prise de décision

D’après les travaux de Kahneman et Tversky.

Heuristique de disponibilité :
→ Ce qui vient facilement à l'esprit est jugé plus fréquent
→ Accident d'avion vs accident de voiture — on redoute l'avion, la voiture est bien plus dangereuse

Heuristique de représentativité :
→ Ce qui correspond à l'image typique est jugé plus probable
→ On néglige le taux de base

Biais de confirmation :
→ On ne recueille que l'information qui confirme sa croyance
→ On ignore ce qui la réfute

Aversion à la perte :
→ La joie de gagner un million < la douleur de perdre un million (environ 2,5 fois)

Résolution de problèmes et créativité

Stratégies de résolution :
Algorithme : systématique et sûr (mais coûteux en temps)
Heuristique : rapide, mais faillible

Insight :
→ L'expérience soudaine du « eurêka ! »
→ Une restructuration de l'information

Les 4P de la créativité :
Person (l'individu créatif)
Process (le processus créatif)
Press (l'environnement créatif)
Product (le résultat créatif)

Points à retenir

Architecture de la mémoire : sensorielle (secondes) → court terme (30 s, 7±2) → long terme (illimitée) Mémoire de travail : administrateur central + boucle phonologique + calepin visuo-spatial Oubli : déclin, interférence, échec de récupération — à surmonter par l’apprentissage distribué Système 1 (intuitif, rapide) vs système 2 (logique, lent) — les biais naissent dans le système 1

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